Volume 6
Traité de médecine ... / publié sous la direction de MM. Charcot, Bouchard, Brissaud.
- Date:
- 1891-1894
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Credit: Traité de médecine ... / publié sous la direction de MM. Charcot, Bouchard, Brissaud. Source: Wellcome Collection.
1394/1408 (page 1382)
![Folie hystérique. — On peut observer chez les hystériques des étals de délire qui, par leur durée et leur aspect, ressemblent assez exactement, soit aux délires transitoires des dégénérés, soit à l'accès de manie, soit au délire hypo- chondriaque, à la confusion mentale. Dans les faits de cet ordre, s'il est vrai que la nature hystérique du trouble mental ait pu être démontrée quelquefois, il faut avouer que bien souvent le diagnostic reste forcément indécis, faute d'un caractère distinclif bien accusé. Nous ne pouvons exposer ici cette question encore fort obscure des rapports de la folie et de l'hystérie. Récem- ment, au Congrès de neuropathologie de Clermont-Ferrand, elle a été l'ob- jet, à la suite d'un rapport présenté par M. Ballet, d'une discussion suivie (voir les Comptes rendus du Congrès), mais dont les conclusions sont peu explicites. Nature et définition de l'hystérie. — L'hystérie est au premier chef une maladie mentale. Jusqu'au jour où l'on connaîtra les modifications intimes des éléments cellulaires des centres nerveux qui constituent le substratum analomique des manifestations de l'hystérie, toutes les définitions purement physiques de cette névrose doivent être abandonnées. Aussi les auteurs qui ont tenté dans ces dernières années d'en donner une définition nouvelle, ont-ils cherché avec raison à grouper ses symptômes autour d'un phéno- mène moral. MM. Mœbius et Strumpell considèrent comme hystériques toutes les modifi- cations maladives du corps qui sont causées par des représentations mentales [durch Vorstelliingen) et définissent cette névrose « un ensemble de maladies par représentation ». Cette conception ne peut s'appliquer qu'à certains acci- dents hystériques, non à tous. M. Oppenheim, ]M. Jolly, M. Pierre Janet, ont fait remarquer qu'un grand nombre de syndromes hystériques ne semblent pas dépendre d'une représentation mentale; les attaques, les somnambulismes, les délires sont composés par toute une longue suite de sensations et de pensées très variées qui évidemment n'avaient été aucunement prévues par la malade. D'autres auteurs ont insisté sur le dédoublement de la personnalité, les phé- nomènes de désagrégation ment-ale, sur le jeu des idées subconscientes, etc. Nous croyons qu'on peut dire avec M. P. Janet : L'hystérie est une psychose « appartenant au groupe des maladies mentales par insuffisance cérébrale ; elle est surtout caractérisée par des symptômes moraux ; le principal est un affai- blissement de la faculté de synthèse psychologique ». Il en résulte qu'un cer- tain nombre de phénomènes élémentaires, sensations et images, cessent d'être perçus, et paraissent supprimés de la perception personnelle, d'où une ten- dance à la division permanente et complète de la personnalité, à la formation de plusieurs groupes indépendants les uns des autres. Cet étal favorise la forma- tion de certaines idées parasites qui se développent isolément à l'abri du con- trôle de la conscience personnelle et qui se manifestent par les troubles les plus variés et d'apparence physique. Il ne faut pas oublier cependant les nom- breux phénomènes organiques que l'on constate chez les hystériques, les troubles de la nutrition générale, les troubles trophiques et vaso-moteurs ; ces symptômes bien évidemment se rattachent aussi aux perturbations psychiques qui dominent l'état morbide, mais nous ignorons encore le lien, le mécanisme physiologique qui unit entre eux ces deux ordres de phénomènes.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b20415989_006_1394.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)