Traité d'hygiène / par A. Proust ; avec la collaboration de A. Netter et H. Bourges.
- Proust, Adrien, 1834-1903.
- Date:
- 1902
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Credit: Traité d'hygiène / par A. Proust ; avec la collaboration de A. Netter et H. Bourges. Source: Wellcome Collection.
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![de se dégourdir les muscles et de stimuler la vie physique trop souvent languissante chez lui. Les voyages, la chasse, l'équitation, sont, pour tous ceux qui peuvent ea faire usage, d'excellents moyens hygiéniques. L'escrime peut rendre de grands ser- vices à ceux qui se trouvent dans rimpossibiUté de quitter le centre de leurs affaires. Enfin, la gymnastique, dans toutes ses formes, et même la marche à pied, sont des dérivatifs utiles pour ceux qui ne peuvent s'en procurer d'autres. Notons à ce sujet que si l'écoher a besoin de vacances, elles ne sont pas moins nécessaires à l'adulte qui travaille et surtout à l'homme qui vit d'un travail intellec tuel. Sous ce rapport, les vacances des tribunaux sont admirablement comprises pour permettre aux magistrats, aux avocats et à tous ceux dont la vie se déroule au pied des tribunaux, de prendre un repos nécessaire. La plupart de nos savants, de nos professeurs, jouissent du même privilège et lui doivent en grande partie la conservation de leur santé et la prolongation de leur vie. Seul le médecin, entouré d'exigences impitoyables et pouvant d'autant moins se reposer qu'il est plus fatigué, se voit refuser le privilège que s'attribuent avec raison les autres professions cérébrales; aussi, combien de nos maîtres n'ont-ils pas succombé aux fatigues vrai- ment excessives qu'ils avaient cru devoir accepter ! On parait aujourd'hui comprendre mieux les choses en Angleterre et les vacances des médecins sont généralement acceptées par le i)ublic. Il serait à désirer qu'une certaine analogie vînt à prévaloir en France, et que les hommes chargés de veiller à Ja santé publique ne fussent point placés, i)ar la na'ure même de leurs fonctions, dans l'impossibihté de veiller à leur santé })ersonnelle. Il arrive souvent que des cerveaux fatigués par un travail trop assidu, par une production trop abondante, demandent à des stimulants artificiels une vigueur qui leur échappe. Le thé, le café, le vin, l'alcool, ro])ium même, sont employés tour à tour pour donner aux organes de l'intelligence une vigueur factice et leur permettre de supporter une charge au-dessus de leurs forces. Il esta peine nécessaire de mon- trer combien de telles pratiques sont funestes, non seulement à la santé générale, mais à l'intelligence elle-même, et s'il est des hommes qui, par une grâce d'état, semblent pouvoir braver impunément toutes les règles de l'hygiène cérébrale, il n'en est pas moins vrai que la plupart d'entre eux finissent tôt ou tard par porter la peine de leur imprudence. On sait enfin que souvent le travail forcé de l'esprit développe une ardeur géné- sique qui ne peut être regardée que comme un signe de l'excitation des centres ner- veux. Les abus vénériens sont, en pareil cas, un soulagement trompeur qui aboutit à un affaiblissement inévitable. En résumé, l'hygiène des professions cérébrales pourrait se résumer en un seul mot : la sobriété, sobriété de travail, sobriété d'alimentation, sobriété à tous les points de vue. Est-il possible de réaliser cette condition? Non, sans doute. Beaucoup d'entre nous sont condamnés par la force des choses à une vie qui détruit leur santé, et c'est une amère dérision de leur montrer le chemin qu'ils devraient suivre, lorsque tout conspire à les en éloigner. Pour nous hygiénistes, nous croyons avoir fait notre devoir en indiquant le but vers lequel il faut tendre et les moyens d'y parvenir.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b2135750x_1245.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)