Traité d'hygiène / par A. Proust ; avec la collaboration de A. Netter et H. Bourges.
- Proust, Adrien, 1834-1903.
- Date:
- 1902
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Credit: Traité d'hygiène / par A. Proust ; avec la collaboration de A. Netter et H. Bourges. Source: Wellcome Collection.
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![est incontestable que les savants, lorsqu'ils survivent aux inconvénients de la car- rière qu'ils ont adoptée, ne subissent point cet affaissement moral qui marque Texistence de la plupart des hommes, lorsqu'ils ont dépassé la cinquantaine, et que, vivant sur un fonds d'idées acquises, inca})ables d'accepter ou même de comprendre des idées nouvelles, ils ne se guident que par la routine et deviennent des obstacles au progrès. Toutefois, il faut bien le reconnaître, il existe à cet égard une profonde différence entre les habitudes et la vie d'hommes à la fois intelligents et instruits qui exercent des professions, en a})parence identiques. Un ingénieur qui descend dans les mines, qui circule sur les voies ferrées, qui s'occupe des travaux d'art, mène une vie essen- tiellement différente de celle d'un savant professeur dont la carrière sera couronnée par un siège à l'Institut. Un praticien de campagne, qui emploie sa journée à se fatiguer les jambes, n'est point })lacé dans les mêmes conditions, ne jouit point des mêmes immunités, n'est point exposé aux mêmes maladies que le médecin scienti- fique, dont le tem[)s est surtout consacré à l'étude et chez qui l'esprit supporte une charge bien [)lus lourde ({ue le corps. Ces })rincipes une fois établis, il faut se rendre à l'évidence et reconnaître que l'exercice habituel, prépondérant, excessif, de l'intelligence, abrège la vie chez la plupart de ceux qui s'y livrent avec persévérance. Quelques chiffres peuvent être invoqués à l'appui de ces propositions. L'École polylechni([ue est formée de jeunes gens nommés au concours et qui ])résentent, en vertu des traditions de l'école, une ressemblance des plus reman{uables au point de vue de l'esprit. Sur ce nombre, il en est quelques-inis qui embrassent les carrières civiles, d'autres qui entrent dans l'armée. Les civils sont infiniment moins nombreux que les mili- taires. La proportion est d'environ 1 à 10. Et cependant la mort frappe un i)om- brc à peu près égal de têtes dans ces deux divisions, ainsi (jue le prouve la statisti- que suivante : Promotion de 1837 : 180 élèves. — Morts en 1877 : 49. — Dont 26 civils, 53 militaires Promotion de 1838 : 130 élèves. — Morts en 1877 : 40. — Dont 19 civils, 21 militaires. Promotion de 1854 : 169 élèves. — Moris en 1877 : 47. — Dont 16 civils et 31 militaiies. 11 faut renianpier (jue, dans cette année 1854, il n'y avait que 30 civils sur 169 élèves, ce ([ui établit une pro[)orlion de 2 sur 11. Ainsi, malgré bîs chances défavorables de la guerre, la morlalilé qui règne sur les civils paraît être quatre fois plus forte que celle des mihlaires. On ne peut guère invocjucr ici la différence de conslilulion, le i)oint de départ étant le même pour tous. Il semble donc nalurel d'attribuer la différence aux conditions spéciales qui caracté- risent les carrières ({u'ils avaient embrassées. Nous pourrions en dire autant pour les médecins, chez (jui la moyenne de la vie est sensiblcnicnl inférieure, et cette infériorité s'accuse surtout chez les médecins scientifiques, les professeurs et les agrégés des facultés, les médecins des hôpitaux civils et tous ceux en gém-ral qui, victimes de concours prolongés, se sont laissé surmener par suile d'un entraînement fatal. Tous ceux en effet qui ont suivi celte carrière à Paris ont conservé le souvenir de ceux qui, à peine arrivés, succombaicnl](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b2135750x_1243.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)