Idée générale et tableau historique de la médecine moral / [J.L. Moreau de la Sarthe].
- Moreau de la Sarthe, J. L. (Jacques Louis), 1771-1826.
- Date:
- [1816]
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Credit: Idée générale et tableau historique de la médecine moral / [J.L. Moreau de la Sarthe]. Source: Wellcome Collection.
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![par la clire£licii qu’il imprima aux etudes , d’une reclierclie attentive & fuivie fur les maladies mentales. Ses partifans les plus célèbres dans le feizième fièele, tels que Sennert, Lazare Ri¬ vière , Piater, Heurnius , &c. , crurent pouvoir expliquer & traiter les maux de l’ame comme les maladies du corps , par l’application à priori, de la doclrine des intempéries , qui enfei^noit com¬ ment , par les qualités froides 8c liume^lantes , on délayoït l’atrabile, ou par quelle pratique on lor- tilioit, foit le cœur, foit le cerveau, afin de recréer ces vifcères, fuivant l’expredion de Heurnius, dont la comédie s’ell emparée. On trouve cependant quelques traits relatifs à la médecine mentale , dans les volumineux ou¬ vrages de Galien. Il a reconnu Sc diftingué avec foin trois elpèces de mélancolies, lavoir : i°. une mélancolie nerveufe générale; 2°. une mélan¬ colie nerveille dépendante des maladies du cer¬ veau; une mélancolie occalionnée par le mauvais état des vifcères du bas ventre. {De Locis ajj'ectis^ lib. III, cap. y. ) Galien a bien connu auQi le narcotifme 8c les elïèts particuliers du coniimi niaculatiim. Parmi les exemples curieux de délire clironique qu’il a rapportés , on diltingue ceux de ce malade qui fe croyoit d’argile, 8c de cet autre qui avoit la ferme convicHon qu’on l’avoit métaniorpbofé en coq; taudis qu’un troilîèmc , bien plus occupé de fa nouvelle lîtuation, s’étoit perfuadé qu’il avoit remplacé Atlas dans la noble 8c pénible fonGion de porter le Monde. , Un petit cbevreau ayant été tiré vivant du corps de la mère , Galien, dans le delfein de con- noître la première impullion de fou inlliiièl, lui préfenta plulicurs plantes dilïerentes , parmi lef- quelles le petit animal clioilit le cytife. Sans ré¬ pondre de l’exaèlitude de cette expérience, on voit aifément qu’elle ne peut avoir été faite que par un philofopLe. Oribaze 8c Aetius ont connu 8c décrit la lycan- tliropie. Suivant Oribaze, les l^cantliropes for- teiit pendant la nuit ; on les trouve erraiis dans les cimeaères comme de véritables fantômes; ils ont l’œil creux 8c fec , le teint pâle 8c terreux ; on les reconnoîl dans le jour aux plaies 8c aux contu- fions qu’ils le fum faites dans leurs courfes noc¬ turnes. Oribaze, ainfî une Paul d’Eaine, a décrit le cocliemar avec foin. Ge dernier a connu, fous le nom de melancliolia enLhonJiaJlica, une efpèce de d''liie propbétique. Cœlius d’xA.urélie a donné beancoup plus d’at tenlion, c]ue tous les médecins qui précèdent, à la médecine mentale ; il paroii avoir diftingué le premie -, la mélancolie de l’jiypoccndrie. 11 a Jvicn obfervé les caiifes occaGonnelles , les Ggnes pré- curleurs 8c les f^ mptômes elïentiels de la manie. Al. Pinel lui attribue d’avoir eu le premier, ou l’un des premiers, l’idée d’une efpèce de Iraiie- ment moral pour les aliénés, au moyen d’un clief ou gouverneur capable d’exercer un grand afeen- dant fur cette clalfe de malades. Cœlius recom¬ mande avec foin d’éviter pour les maniaques des imprelGons trop vives fur les organes des fens. Il veut furtout que , dans le traitement de ces ma¬ lades , on emploie, avec habileté, une gravite impofante 8c une fenftbilité vraie , une bienveil¬ lance également éloignée d’une févérité repouf¬ fante 8c d’une indulgence fans bornes. Le meme auteur penfoit que , de fon temps, les femmes étoient moins expofées à la folie que les hommes , ce qui peut s’expliquer d’une part par la condition des femmes chez les Anciens , 8c d une autre part par le caraèlère d’uae religion toute extérieure, 8c qui ne donnoit pas à i’imaguiation, ce refl’ort, cette aelivité, G propres à troubler la raifon , 8c dont les elfets défaftreux fe manifcfteiit plutôt chez les femmes que chez les hommes. Saint Auguftin , dans le fameux livre appelé Id Cité de Dieu y rapporte quelques traits qui le rat¬ tachent à la médecine mentale , eiilr’autres quel¬ ques exemples d’une apparence d’jnfcnGbilite chez certains enthouGaltes, Un prêtre , dont il parle, pouvoit à volonté fe rendre infenGble 8c paroitre dans un état de mort alfoiue. Dans cette Gtuation, qui pouvoit fe rapprocher de la ca- falepGe , ce prêtre , auquel les pins horribles tor¬ tures n’auroient pas arraché un ligne de douleur, entendoit cependant tout ce qui le diloit auprès de lui , mais comme d’un lien éloigné. Les auteurs anciens , poètes, médecins, philo- fophes, paroilfent tous s’ôtre accordés pour re— connoîlre une certaine difpoGtion corporelle c{ui porloit davantage les hommes aux palGons vio¬ lentés ou haineiifes, aux grandes agitations de l’ame, aux égaremens les plus graves de la raifon;. 8c cette difpolilion, ils rattrümoient à une hu¬ meur qu’ils ont déûgnée fous le nom ééatrahile. L’état de la fociété chez les iVncieus, les mœurs , les ufages n’étoient point d’ailleurs aufïi propres à exciter les pallions 8c à favorifer le développement des maladies mentales, que les difooGtions fociales Sc les ufaa.es des Modernes. Chez ces derniers, l’exiftence eft évidemment plus étendue, plus compliquée, pour un très- grand nombre de citoyens , 8c en même temps plus expofée à ces révolutions 8c ces caprices de la fortune, au milieu defquels il n’ell donné qu’à un très-petit nombre d’hommes de coiiler- ver tout fon courage 8c toute fa raifon. En outre la religion, chez les Anciens, devint contribuer moins foiivenl que chez les Modernes, au déve¬ loppement'des maladies mentales. Un éloquent fophifte a traité, dans ces dirniers temps, la qiieftion de favoir G la religion moderne 8c le génie du chriftiaiiifuie ne favorifoient pas da¬ vantage les arts de l’imagination , (jue les religions Us plus célèbres de l’antiquité. Ge problème n’eft pas fans quelque rapport avec la qiii. thon qui nous occupe en ce moment; 8c G, comme il e.fe](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b30377882_0012.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)