Volume 16
Encyclopédie des sciences médicales / par MM. Alibert, Barbier, Bayle [and others]. [M. Bayle, rédacteur en chef].
- Date:
- 1834-1846
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Credit: Encyclopédie des sciences médicales / par MM. Alibert, Barbier, Bayle [and others]. [M. Bayle, rédacteur en chef]. Source: Wellcome Collection.
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![du caput moriaum du sang, en le mêlant avec du bol, comme on en joint au sel marin pour extraire son acide par la dis- tillation. Il était fort douteux si l’acide qu’on tirait du caput movtuum était ce- lui du sang; du moins était-il certain que la portion qu'on obtenait par la dis- tillation était si petite, qu’elle ne devait rien char ger dans l’économie des fonc- tions. N’importe, Vieus :ens enchanté de cette découverte, la répandit avec osten- tation dans toute l’Europe, par des let- tres circulaires envoyées en 1698 aux fa- cultés de médecine. Celle de Leipsic publia la lettre qu elle avait reçue sous ce titre : Epislola de sanguinis humani cum sale fixo, ium vnlahli, in ce] la pro- portione sanguinis phlegma, spinlum subrufum, ac oleum fœhde ingrediente. Lipsiœ, 1698 in-4°, avec la réponse des médecins de Leipsic. — Niais Vieussens ne se borna pas à ces lettres, il publia encore sa découverte par un écrit inti- tulé : — Deux dissertations. La pre- mière sur le se! acide du sang, et la seconde sur la quan ilé proportionnelle des principes de celle liqueur. Mont- pellier, lb98, in-8°. — Il étaitsi prévenu en faveur de cette découverte, qu’il pria ensuite la faculté de permettre qui! en fît la démonstration en sa présence dans l’amphithéâtre des école-. On y con- sentit sans peine; l’assemblée fut nom- breuse : mais dans le temps qu’il s’ap- plaudissait du succès de son opération, Chirac, un des professeurs, se leva et réclama cette découverte comme une chose qui lui appartenait, pour lavoir communiquée à deux étudiants en mé- decine, de qui il prétendit que Vieussens l’avait apprise. On peut juger de l’effet que dut avoir une pareille sortie. L as- semblée se sépara ; et comme on ne son- gea plus de part et d’autre qu’à préparer ses attaques et ses défi n es , les écrits polémiques ne tardèrent pas à voler des deux côtés. Ils eurent le sort de tous ceux de cette espèce; autant pleins d ai- greur qu’ils étaient inutiles pour les progrès de la médecine, ils ne servirent qu’à faire tort aux deux contondants. Après beaucoup de débats. Vieussens et Chirac prirent Astruc pour arbitre ; mais son jugement ne fut favorable ni à l’un ni à l’autre : en effet, il leur démontra que la découverte n’élait rien moins que réelle, et qu’il était ridicule de se dispu- ter pour un être imaginaire, puisque tout l’acide de la distillation du caput mor- médicale. 543 luum du sang dépendait du bol qu’on y joignait. Las de cette contestation, Vieussens revint à son étude favorite, je veux dire à l’anatomie. Il fit imprimer un traité sous ce litre : — Novum vasorum cor- poris humani systema. Amstelodami, 1705, in-12. Cet ouvrage lui a mérité les éloges de ses contemporains. Il y parle du passage du sang dans les vais- seaux lymphatiques, et il en déduit la théorie de l’inflammation. Malpighi et Bellini avaient déjà tiré de là des con- jectures qui parurent si raisonnables à Bœrliaave, qu’il les proposa dans ses écrits. Vieussens, embarrassé de donner la raison de la rapidité avec laquelle les eaux minérales passent par les urines, imagina une nouvelle classe de vaisseaux desiinés à porter immédiatement de l’es- tomac dans la vessie les boissons dont nous faisons un usage abondant. — No- tre médecin avançait en âge, mais celte raison ne l’empêcha pas de continuer ses recherches et d’écrire. Il composa en français trois traités qui furent imprimés à Toulouse, 171 5, en deux petils volu- mes în-4°. L’un, De la structure et des causes du mouvement naturel du cœur, est orné de treize planches assez exactes, mais qui vaudraient mieux si elles n’ex- primaient point aussi grossièrement les objets. L’autre, De la structure de l’o- reille, contient six planches si mal fait es, qu’il n’est guère possible d’y reconnaître la nature Le troisième, Des liqueurs , c’est-à-dire, des humeurs du corps humain , roule en partie sur l’analyse de ces humeurs que l’auteur fait assez imparfaitement; il en déduit toujours l’existence de l’acide du sang, qu’il s’opi- niâtre à regarder comme chose démon- trée. Dès l’an 1706 on avait imprimé à Pa- ris un écrit de Vieussens, intitulé : Nou- velles decouvertes sur le cœur, in-12. Le célèbre Freind en parle et donne à ce livre l’épitliète de Tœdii plenissimus ac [rugis animo expers. M. Senae en a porté un jugement plus étendu et plus sévère encore dans son traité du cœur. Voici comme il s’exprime : « L’esprit » d'hypothèse a surtout régné en France; » il semble que nous ayons porîé dans » la physique la même légèreté qu’on » nous reproche dans nos actions. Les » travaux de l’académie des sciences ont » pu à peine corriger notre goût dépravé. » Vieussens parut à Montpellier comme » un homme qui avait plus de zèle que](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28746922_0016_0555.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)