Volume 24
Encyclopédie des sciences médicales / par MM. Alibert, Barbier, Bayle [and others]. [M. Bayle, rédacteur en chef].
- Date:
- 1834-1846
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Credit: Encyclopédie des sciences médicales / par MM. Alibert, Barbier, Bayle [and others]. [M. Bayle, rédacteur en chef]. Source: Wellcome Collection.
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![plusieurs d’entre eux ont beaucoup dé- crété , il faut les employer avec pru- dence, de peur que les humeurs gluti- neuses et épaisses, étant remuées subite- ment par ces stimulants , ne s'amassent dans les poumons , et ne causent une maladie dangereuse (m). [ Pourquoi ce qui convient à Un scor- butique fait mal, etc.] Cela vient de la différence, tant du degré de la maladie, que de l’espèce ét de l’intensité de l’acri- monie. Ainsi, par exemple, ces aroma- tes âcres qui font si bien dans le scorbut lent et froid , pourraient causer des hé- morrhagies mortelles , si on les donnait dans le degré où les gencives saignent, et ont une odeur cadavéreuse; non-seu- lement parce qu’ils augmenteraient l’a- crimonie des humeurs, mais encore par- ce qu’ils ne tarderaient pas à causer la rupture des vaisseaux déjà faibles , en augmentant l'impétuosité des humeurs par leur vertu stimulante. C’est pour- quoi plusieurs médecins suivent le con- seil de Sennert (n), et n’emploient pas si facilement lesantiscorbutiques les plus âcres qu’on vante ordinairement sous le nom d’esprits antiscorbutiques ; mais ils préfèrent une infusion de cochléa- ria , de cresson, etc., dans le petit-lait, ou bien encore ils délaient dans le petit- lait les sucs récemment exprimés de ces plantes, et les donnent à boire à leurs malades. [Pourquoi enfin ne faut-il pas s'ar- rêter, etc.] Nous avons déjà dit plusieurs fois dans l’histoire de quelques autres maladies, qu’il n’y a rien de plus dan- gereux que de s’arrêter seulement au nom d’une maladie, et dé recourir, sans examiner rien de plus, à quelque remè- de en vogue qui se débite dans lés bou- tiques sous un titre spécieux , comme (m) Voyez Boerhaavé, Aph., § 871. (n) Lib. ii’i, part, y, seet. n, cap. vi, t. ii, p* 1145, ayant une vertu spécifique et infaillible pour guérir radicalement cette maladie. Ainsi on vend chez lès apothicaires des esprits , des essences, des élixirs, etc., anti - apoplectiques, anti - pleurétiques , anti-scorbutiques , etc.; tous cés beaux remèdes, quoiqu'ils puissent se donner en certains cas, sont cependant souvent inutiles et même pernicieux. Il n’y a que ceux qui voudraient abréger un art quTIippocrate a eu raison d’appeler lohg(t), qui vont ainsi chercher dans les boutiques d’apothicaires un remède op- posé au nom de la maladie, et ils s'ima- ginent alors avoir bien fait la fonction de médecin. Mais l’histoire du scorbut, que nous avons donnée ici d’après les observations lès plus fidèles , nous mon- tre assez combien de différentes maladies sont comprises sous ce nom, et combien les remèdes doivent être différents, selon que la maladie commence ou est confir- mée; selon que le scorbut est ou putri- de, ou muriatique ; selon qu’il y a dans les humeurs ou une ténacité visqueuse , ou une trop grande dissolution ; selon que les viscères sont encore sains et en- tiers, ou qu’ils commencent déjà à se gâ- ter, et ainsi du reste. Un médecin donc qui veut traiter avec succès cette mala- die, doit faire peu de fond sur le titre spécieux et imposant de remèdes anti- scorbutiques ; mais il doit rechercher avec soin les causes de cette maladie , faire attention à tous les signes diagnos- tiques qui peuvent lui marquer les diffé- rentes espèces d’acrimonie et leur diffé- rente intensité; et de toutes ces connais- sances exactes et scrupuleuses, il doit tirer ses indications et sa méthode cura- toire. Et ainsi, par les lumières de son art, il traitera sous un même nom plu- sieurs maladies différentes. (1) « Vita brevis, ars longa, occasio »præceps, experimenlum periculosum, «judicium difficile. » IUppocr., Aphor. FIN DU TRAITÉ DU SCORBUT DE BOERHAAVE.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28746922_0024_0420.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)