Volume 24
Encyclopédie des sciences médicales / par MM. Alibert, Barbier, Bayle [and others]. [M. Bayle, rédacteur en chef].
- Date:
- 1834-1846
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Credit: Encyclopédie des sciences médicales / par MM. Alibert, Barbier, Bayle [and others]. [M. Bayle, rédacteur en chef]. Source: Wellcome Collection.
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![ments végétaux a fait dégénérer les hu- meurs de leur état naturel dans une ran- cidité putride, comme cela arrive dans les sièges des villes, et dans les voyages de long cours; car on peut alors, avec de simples fruits, et des bouillons faits avec de la viande fraîche, et des herbes potagères, guérir très-sûrement le scor- but, comme nous l’avons dit, pourvu que les viscères n’aient pas encore été fort endommagés de cette cacochymie putride. M. Morin a guéri plusieurs scorbutiques dans l’Hôtel-Dieu de Pa- ris, en leur faisant manger beaucoup d’oseille qui avait été cuite avec de œufs (e). Eugalenus (/) assure que des gens attaqués du scorbut se sont très-bien trouvés d’une décoction d’orge dans du vin du Rhin. On lit dans Clusius (g), que les peuples de la Norwége exposent les scorbutiques dans une île voisine , qui est fort abondante en mûres (1), et qu’ils ne les laissent point revenir chez eux qu’ils ne soient entièrement guéris. Gés pauvres gens, pendant tout le temps qu’ils sont ainsi éloignés du commerce de tous les autres hommes, ne vivent que de mûres, et ils se rétablissent quel- quefois en peu de jours ; mais l’hiver , quand on ne peut pas les envoyer dans cette île , à cause des grands froids , on leur donne avec tout autant de succès un électuaire préparé de ces fruits , et ils en usent en grande quantité. [.Pourquoi les astringents austères, etc. ] Les symptômes du scorbut que nous avons exposés au § 1151 prouvent manifestement que la cohésion des par- ties solides est quelquefois si faible dans celte maladie, que la force la plus lé- gère suffit pour la rompre ; et cette fai- blesse des solides ne va guère sans une (e) Académ. des Sciences, 1708, liist., p. 63. (/) De scorbulo, p. 47. (g) Rariorum plantar. hist., lib. I, cap. 85, p 119. (1) Ce ne sont point les mûres de nos pays, mais les fruits d’une espèce de ron- ce qu’on trouve dans la Norwége , Cha- mœmorum Norwegicum Clusii. Ray pré- tend que c’est la même plante que le Chamœmor. offic. Germ. qui n’est autre chose que le Chamœrubus folio ribes An- glica C. B. Iloierus nous apprend que les habitants de la Norwége et de la Finlan- de préparent tous les ans avec ce fruit un électuaire contre le scorbut; c’est ce qu’on appelle Diamoron, grande dissolution dans les fluides. C’est dans ce cas qu’on peut faire usage des astringents austères que nous avons re- commandés ailleurs (h), pour remédier à la trop grande débilité, au relâchement des solides ; ils sont d’ailleurs très-pro- pres à rendre aux humeurs trop dissou- tes leur consistance naturelle. Ainsi, dès qu’on remarque dans les scorbutiques un relâchement et une flaccidité des fi- bres de tout le corps , et qu’en les tou- chant un peu rudement, on fait paraître des taches bleuâtres sous la peau , c’est là le cas de placer les remèdes dont nous parlons. Peut-être que Yherba Britan- nica que Pline a recommandée [i) pour le stomacace et le scelélyrbe, avait cette vertu d’astreindre et de corroborer; car cette maladie qui affligeait l’armée de Germanicus campée au-delà du Rhin , était probablement une maladie lente , puisque les dents leur tombèrent dans l'espace de deux ans , et que les liga- ments des articulations des genoux se relâchaient. Or, on sait que les mala- dies sont lentes dans les tempéraments faibles , quoique; assez fâcheuses et in- commodes par les langueurs et les lassi- tudes. D’ailleurs, il y a bien des savants qui ont cru que cette herba Britannica des anciens était une espèce de lapa- thum : on peut consulter sur cela Mun- tigius (A), qui cependant a entassé sur ce sujet beaucoup plus d’érudition qu’il n’en était besoin pour son but(l). Quant aux bons effets de l’acier dans un pareil relâchement des solides, nous en avons déjà parlé, quand il s’agissait de la maladie des fibres lâches (/), et nous en dirons encore quelque chose dans le chapitre suivant, où nous trai- tons de la cachexie. [Pourquoi les aromates les plus âcres, la rhubarbe, etc.] Ces remèdes sont uti- les dans les cas où il y a pâleur, froid, engourdissement. La bouffissure du corps, les urines pâles et sans odeur, l’absence de la soif, une pesanteur par tout le corps sont des signes qu’on peut donner ces remèdes avec sûreté. Mais, comme (h) Boerhaave, Aph., § 28, n. 4. (i) flist. Nat., lib. xxv, cap. 3. (k) De vera Antiquorum herba Britan- nica. (l) Voyez les con jectures de cet auteur, elle sentiment de M. Lind sur cette ma- ladie, part, m^ chap. i. (/) Boerhaave, Aph., § 28, n. 4.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28746922_0024_0419.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)